Le Choix Entre:Kabila Et Bemba Ou Entre Gizenga Et Tshisekedi?

September, 2006

LE CHOIX ENTRE :
KABILA ET BEMBA OU ENTRE GIZENGA ET TSHISEKEDI?

by
Fungula Fumu Ngondji

Je ne connais pas Kabila Kabange mais j'ai connu celui qu'il appelle son pere. C'etait un camarade de lutte et nous avions beaucoup en commun pendant la periode de la lutte revolutionnaire qui a suivi l'assassinat de notre grand camarade Patrice Lumumba. Pendant une partie de son temps au maquis, je me trouvais en exil, aux USA. Avec quelques autres camarades et amis Americains, nous lui avons apporte de temps en temps quelques secours en medicaments dont il avait ardemment besoin. Lorsqu'il prit le pouvoir en 1997, je me rendis a Kinshasa non pas pour joindre les rangs de ceux qui le courtisaient pour gagner un poste au pouvoir, mais simplement pour me rendre compte, de mes propres yeux, de l'homme qu'il etait devenu. Comme je m'y attendait, le camarade revolutionnaire, le Lumumbiste invetere que j'avais connu dans les annees 60 n'etait plus le meme. Je l'ai rencontre. Nous avons parle comme des vieilles connaissances, mais pas comme camarades de lutte. Nous nous sommes rendus compte, tous les deux, que nous etions devenus non pas des ennemis, mais etrangers l'un a l'autre. De peur sans doute que nous nous trouvions en confrontation un jour ou l'autre, connaissant chacun nos passions, Laurent Kabila ordonna, directement ou indirectement - je ne l'ai jamais su - de me priver de liberte.

Un jour, a deux heures du matin, on m'embarqua dans une jeep et on me jeta dans un centre secret d'internement . J''y suis reste 8 mois sans que l'on m''interogea ou que l'on me jugea. Un jeune officier qui etait connu comme etant d'origine Ougandaise et en avait l'accent fut mon sauveur. Il me revelera, le jour qu'il me relacha secretement, qu'il m'avait reconnu et avait son oeil sur moi des le premier jour qu'on me jeta dans la cellule. Il me dit qui il etait reellement et me conseilla de ne jamais le reveler a personne.

J'AI VECU AU CONGO DE 1945 A 1980

J'avais 35 ans en 1980 quand j'etais contraint de fuir mon pays pour echapper aux persecutions de la dictature du marechal Mobutu. Pendant 15 ans, j'ai exerce le metier de journaliste et cela m'a permis d'etre pratiquement au centre de l'actualite des evenements ayant marque l'histoire de mon pays, avant et apres l'independance. J'ai eu l'occasion de connaitre un grand nombre des hommes qui, a un moment de l''histoire, ont assume des fonctions de pouvoir dans notre pays. C'est le cas de Gizenga Antoine et d'Etienne Tshisekedi.

J'ai passe une bonne partie de ma vie d'etudiant dans les ecoles catholiques de Yassa et de Kikwit, dans ce qu'on appellait alors le district du Kwilu. Il en fut de meme pour le vieux Gizenga et pour la plupart des autres intellectuels de la region. J'arriverai a Kinshasa deux ans avant les manifestations du 4 janvier 1959 qui rompirent, une fois pour toutes, les traditions avec le passe colonial. Ce jour-la, apres un match nul entre V.Club et Dragon - si mes souvenirs sont encore bons - au stade Tata Raphael a Kalamu, les spectateurs, mecontents, sortis du stade, se melerent a la foule reunie au Rond-Point Victoire, ou un groupe de jeunes leaders politiques revenus d'un voyage au Ghana, donnaient un compte-rendu de leur voyage. L'independance du Congo etait un des sujets evoques au cours de cette assemblee publique. Jusque-la - on parlait plutot de l'emancipation - tres peu de gens avaient entendu parler de l'independance du Congo et etaient conscients, qu'il y avait des Congolais capables de parler publiquement du sujet, sans peur, en presence des officiers Belges et des policiers Congolais qui assuraient la securite. Patrice Lumumba etait parmi les orateurs.

J'etais avec mon frere aine, un fanatique de V. Club . A notre approche du rond-point, il yeut une grande seccousse. Comme sous un ordre, tout le monde s'arreta, suivi d'un silence puis, un vacarme. Les gens courant par-ci, par-la. On s'interogeait en Lingala. Des cris: "Likambo Nini..(Que se passe t-il?).

Une voix repondait :"Mindele bakangi Nzela.."(Les Blancs ont bloque la route). Puis une autre voix:

" Nzela Nini..." (Quelle route?) Plus loin on entendait:"

"Ya Dipanda.." (La route de l'Independance). A ces mots, il y eut un choc. La foule se dechaina. Les gens se bousculaient, cherchant les "Mindele" (les blancs) au cri:

"Wapi bango. Banyangalata. Lelo eliaki bango ekoki." (Ou sont-ils? Ces mecreants. Nous en avons marre d'eux).

En moins de quelques minutes, le Rond-Point Victoire - Il n'y avait pas encore tous les immeubles qu'on a a present - etait en ebullition. Les leaders appellaient au calme sans se preoccuper de leur propre securite au milieu d'une foule en colere. Les quelques officiers blancs qui etaient presents se pressaient aux cotes des leaders politiques, devenus maintenant leurs seuls boucliers. Les policiers Noirs tentaient d'utiliser leurs matraques mais etaient bouscules rudement et cherchaient a se sauver. On entendait des eclats comme des coups de feu ou des petards. Quelques vehicules etaient renverses. Des vitres des immeubles environnants cassaient. On voyait des gens emporter certains biens sortis des magasins des Portugais vivant dans les parages. Mon frere aine me tenait fortement par la main et tentait de nous eloigner de la foule. Avec peine, nous atteignimes notre bercail, sur la rue Muvenda, entre l'actuel avenue Kasa-Vubu et Gambela, a Dendale, la commune ou Kasa-Vubu venait d'etre elu le premier bourgmestre noir.

Le lendemain, on appris que quelques blancs avaient ete malmenes mais je ne pense pas qu'il y eut des morts. Bien que d'un temperament chaud, les Kinois ne sont pas vraiment mechants entre eux et encore moins avec les etrangers. Ils peuvent etre intransigeants quand ils sont pousses a leur limite, mais d'une maniere generale, les Kinois sont accomodants et tres sympathiques avec tout etranger. Ils sont d'ailleurs fiers que les gens visitent leur ville et partagent leur esprit de fete dans les bars et clubs, ou la musique Congolaise est jouee 24 heures sur 24.

Tous ceux qui ont connu le Congo des annees 60 se souviendront de la cite qu'on appellait LIPOPO....POTO-MWINDU (l'Europe des Noirs) ....KIN-LA-BELLE....KIN-KIESSE (Kin des plaisirs)..La ville ou "la nuit et le jour se ressemblent", ont chante Kalle Jeff (Kabasele), Lwambo Makiadi (Franco), Nico Kassanda, Tabu Ley, Papa Wemba, et tant d'autres, nes ou grandis a Kinshasa, qui, par la magie de leurs chansons, ont donne a Kinshasa la reputation d'une ville envouteuse. Une ville qui ne connait ni de sommeil, ni de fatigue et ou on n'arrete jamais de rever de bonheur "meme quand on ne sait pas de quoi il s'agit.

Il est vrai qu'on avait saccage quelques biens des pauvres commercants Portugais, ceux-la meme qui vivaient avec nous et partageaient plus ou moins notre sort! Il en resulta cependant qu'a partir de ce jour-la, les Kinois n'avaient plus jamais peur de l'homme blanc. Et pourtant, pendant pres de 80 ans, la seule vue de la peau blanche declenchait une reaction de crainte ou de soumission en meme temps que montait la colere dans l'esprit de tout Congolais et Congolaise. Au lendemain du 4 janvier, comme par magie, l'homme blanc etait traite avec indifference et sans mechancete. Le processus de la decolinisation mentale venait d'etre amorcee a Kinshasa.

CE QUE LES KWILOIS DISENT DE GIZENGA

En 1957, l'anne de mon arrivee a Kinshasa, le vieux Gizenga etait deja bien etabli. Je ne sais pas quand il quitta le seminaire de Kinzambi, ou il se preparait a devenir pretre. J'eut l'occasion de visiter plusieurs fois cette ecole ou quelques uns de mes anciens condisciples de Yasa etaient inscrits. Loge au millieu d'une petite vallee avec une vegetation dense tout autour, le petit seminaire de Kinzambi est reellement un centre de predilection pour les etudes. Mgr Guffens, qui en fut le fondateur en 1932, avait des grands reves pour cette ecole. On allait y former des pretres, des freres et autres cadres superieurs Noirs dont le Congo (independant) aurait besoin. Guffens etait le seul missionnaire Belge qui pensait deja au Congo independant a une epoque ou il n'y avait meme pas une ecole secondaire a travers tout le Congo-Belge.

Et a cause de cela, il finira ses jours d'eveque relegue et oublie dans un couvent des Soeurs en Belgique, dit-on. A Kinzambi, le temps etait partage entre les etudes, la priere, la meditation, le silence, la lecture, le sport, les repas, la recreation et enfin le sommeil. Chacune de ces activites etait programmee. Un enfant turbulent comme je l'etait a l'epoque ne pouvait jamais etre admis a Kinzambi. Meme pendant mes visites a mes amis, on devait me repeter tout le temps: "Silence ! C'est maintenant le temps de la meditation...Silence! C'est le temps de la lecture. Monsieur!"
Ce n'est pas etonnant qu'apres avoir quitte Kinzambi, bien qu'encore jeune, Gizenga etait deja considere a Kinshasa comme le sage de la communaute Kwiloise, aupres duquel on soliicitait des conseils et avis pour resoudre certains problemes communs. Il en avait le temperament et la formation a Kinzambi n'a fait que reaffirmer sa personalite.

Apres avoir ete elu president national du Parti Solidaire Africain (P.S.A.), sur decision du comite national du parti, Gizenga et certains autres membres de l'organisation se sont rendus dans quelques pays socialistes pour se familiariser avec la doctrine et pratiques du socialisme que le P.S.A. avait embrasse comme ideologie. Il est bien de noter que le parti solidaire africain etait la seule organisation politique Congolaise de l'epoque dont l'orientation socialiste etait proclamee sans ambigue. Ses leaders n'etaient nullement genes d'affirmer leurs convictions a une periode ou certains confondaient le socialisme avec le communisme, lequel on utilisera plus tard comme arme de guerre pour immoler les nationalistes Congolais.

Gizenga ne retournera au Congo que quelques jours seulemet avant la proclamation de l'independance nationale pour assumer ses fonctions de vice-premier ministre aux cotes de Patrice Lumumba. Toutes les negociations avaient ete menees par les autres cadres du parti avec son approbation, notamment par le tres influent president provincial, Cleophas Kamitatu. Certains de ses collegues l'accuseront plus tard d'avoir voulu detroner le vieux. En realite, me dira Mungul Diaka qui connaissait bien les deux personalites, Kamitatu avait beaucoup d'admiration et de respect pour l'esprit d'integrite du vieux, mais ne savait pas toujours pas comment lire sa pensee. Aux yeux de certains fanatiques du PSA, son silence, lorsquíl etait question d'interpreter les opinions de Gizenga, etait mal juge et mal interprete.

Pour la plupart des gens du Kwilu, plus particulierement parmi le peuple, c'est-a dire la masse, Gizenga continue a assumer le pouvoir investi en Patrice Lumumba par le Roi des Belges et le Parlement Congolais le jour de la proclamation de la souverainete nationale. Etant son seul heritier, Gizenga, pour eux, detient le secret de la veritable liberation du Congo. Ils vont meme jusqu'a dire: "Mukanda yina ya Roi Baudouin ti banfumu yonso ku siniaka kilumbu ya Dipanda kele wapi? Gizenga na Lumumba bantu kuzaba kisika mukanda yina kele (Ou se trouve le document de passassion des pouvoirs signe entre le Roi Baudouin, Lumumba et les autres autorites presentes au moment de la proclamation de l'independance du Congo? Reponse: Seuls Gizenga et Lumumba savent ou se trouve ce document).

J'ai entendu souvent mes freres aines et autres membres de ma famille qui sont tres experimentes lorsquíl s'agit des traditions et des coutumes de chez nous, affirmer, avec conviction, que Gizenga detient la clef du futur de notre pays. Ils croient meme tous qu'il communique regulierement avec Lumumba de la meme maniere que les vieux de nos villages communiquent avec les ancetres qui les ont precede. Pour preuve, disent-ils, malgre toutes les tentatives d'assassinat dont il a ete l'objet par les differents dirigeants politiques, ennemeis de Lumumba, Gizenga est toujours en vie!!.

Les intellectuels Kwilois par contre - surtout les jeunes diplomes des universites et grandes ecoles -sont moins sympathiques a l'egard du vieux. Pour eux, c'est un homme depasse par les evenements qui n'a pas su tirer avantage de sa position. Si, dans certaines circonstances, ils ont l'occasion de l'entendre parler, la tradition de chez nous impose qu'on l'ecoute avec respect a cause de son age et de son passe. Mais tres peu pretent attention a son discours. Personnellement, je sait qu'il est toujours la, mais a-t-il quelque chose de concret a apporter au peuple Congolais, aujourd'hui? On ne sait jamais. Gizenga est un sage et les sages ont toujours quelque chose de particulier pour ceux qui savent les ecouter.

LE "TSHISEKEDI" QUE JE CONNAIT

En 1970 ou 71, je ne me rappelle plus tres bien de la date, j'etais reporter a l'Hebdomadaire Kapia, a Kananga, che-lieu de la province du Kasai Occidental. Tshisekedi etait ministre ou vice-ministre de l''Interieur du gouvernement Central. Il est venu au Kasai et je l'ai accompagne, avec d'autres journalistes, dans une tournee qu'íl devait effectuer dans le territoire de Mwene Ditu. Une ou deux fois pendant le voyage qui a dure pres d'une semaine, Tshisekedi a partage un repas avec tous ceux qui faisaient partie du voyage, y compris les membres de la presse. Cela etait contraire aux traditions politiques de l'epoque. D'habitude, un membre du gouvernement ou un gouverneur prenait ses repas dans la residence privee qui lui etait reservee, entoure de ses plus proches collaborateurs, loin des yeux et oreilles des journalistes, ces bavards..que l''on approche seulement quand on a quelque chose de succulent a leur faire gouter..
J'ai pu donc observer Tshisekedi de pres. Il etait encore jeune, dans sa quarantaine. Son premier poste politique etait celui de membre du commissariat nomme par Mobutu immediatement apres le coup d'etat du 14 septembre 1960, lequel mit fin au mandat du premier gouvernement democratiquement elu par le parlement. Celui de Patrice Lumumba avec Gizenga comme vice-premier ministre.

Tshisekedi mangeait avec un grand appetit et il etait jovial. Il ne semblait pas du tout gene de manger avec ses doigts, ce qui etait bien dans les traditions des Baluba. La majorite des Congolais mange a la main. Mais les soi-disant evolues preferent generalement utiliser les couverts. Pour un ministre, cela sortait reellement de l'ordinaire et je croit que tout le monde etait quelque peu surpris au point qu'un certain nombre de ses collaborateurs et meme des membres de la presse suivirent l'exemple, ne serait-ce que pour faire bonne impression. L'imitation fait partie de l'art de gouverner chez nous au Congo. La conversation etait tres libre. On n'etait pas encore soumis au mobutisme, la philosophie du Mouvement Populaire de la Revolution (Mpr) definie comme etant la pensee et les actions du president-fondateur et donc fondation de toute reflection intellectuelle pour les cadres politiques.

En cette circonstance, on parlait de tout et Tshisekedi semblait reellement anime. Il y avait quelques cadres brilliants autour de la table, notamment l'administrateur de territoire Gambembo Basile, frere de Gambembo Fumu wa Utadi, qui fut professeur de philosophie au Campus de Kinshasa et une fois membre du Bureau Politique du Mpr. J'avais deja eu de frequentes discussions avec Gambembo et on se connaissait bien. J'appreciait le niveau de sa pensee. Quelquefois, nous nous sommes trouves en presence de Monguya Daniel, qui etait alors gouverneur du Kasai Occidental - un homme quelque peu froid dans ses contacts mais d'un esprit rebelle qui n'hesitait pas de mordre une fois provoque. Tous les deux me trouvaient trop sensible aux idees de gauche, et cherchaient a mettre un peu d'eau dans mon vin.

Tshisekedi, comme juriste de formation, est analytique et conceptuel. Il reflechit vite et reagit avec une abondance d'arguments. Puis, il vous laisse debattre comme s'il n'avait plus d'interet a la discussion. Mais tout d'un coup, quand il a ecoute une opinion qui semble trop osee, il saute sur l'occasion et jette de l'huile la-dessus, de quoi a faire bruler le debat et comme pour dire: "Voyons jusqu'ou vous voulez aller". Apres cette experience, Gambembo et moi, qui au depart, etions souspicieux de Tshisekedi qu'on accusait a l'epoque d'avoir organise le voyage a la mort de Patrice Lumumba au Katanga, sommes convenus que Tshisekedi avait de l'etoffe. Nous sommes aussi tombes d'accord que s'il maintenait sa rigueur de pensee, son etoile continuerait a briller.

Je me rend compte aujourd''hui qu'il n'a pas tellement change dans sa facon de voir les choses et de juger. Plus d'une fois, il a donne son opinion sur des evenements en disant comment ils les concevaient et ce qu'il fallait en attendre. Puis il s'est tu.On l'a desapprouve. On l'a attaque de tous les cotes. Ensuite tout le monde s'est finalement apercu, apres coup, qu'il n'avait pas completement tord. On a tente de l'amadouer. Il est reste muet dans cette attitude que nous avons observe a Mwene Ditu qui semble dire:" Voyons jusqu'ou vous voulez aller"! J'apprecie toujours sa rigueur intellectuelle et morale mais je ne suis pas sure que ses methodes d'action, comme celles de Gizenga, sont ideales.

RETOUR A KABILA ET BEMBA

J'ai dit au debut que je ne connait pas Kabila Kanambe ou Hypolitte, je ne sait pas quoi d'autre on l''appelle. Je ne connait pas non plus Bemba. Mais je connais leurs oeuvres a travers les echos de la presse. Kabila s'est fait decouvrir aux Congolais par le biais de celui qu'íl nous presente comme son pere: Laurent Kabila. Ce dernier, bien que veritable fils du Congo et un revolutionnaire a just titre, s'est impose a la tete de notre pays par la force des armes, avec l'aide des armees etrangeres. Chasser un dictateur meme avec le concours de Lucifer peut etre, dans certaines circonstances, acceptable pour autant que l'on ne se transforme pas soi-meme en Lucifer. Dans le cas de Laurent Kabila, Lucifer n'est pas un nom qui lui conviendrait parce qu'il y a une bonne partie de notre peuple qui continue a croire que Kabila etait, une fois, un ange de Dieu comme le fut Lucifer, selon certaines croyances. Que ce sont les autres, autour de lui, qui le tranformerent pour le reduire en avocat du diable.

Pour moi, personnellement, qu'íl soit Lucifer en personne ou avocat de Lucifer, Laurent Kabila a trahit les ideaux revolutionnaires en se proclamant dictator a la place de Mobutu. La lutte dans laquelle des millions de nos compatriotes ont laisse leur vie, y compris celle de Mulele Pierre et a laquelle lui-meme s'est devoue pendant pres de 30 ans de sa vie, visait a rehabiliter notre peuple; a restituer sa dignite en le rendant maitre de son destin par l'organisation du processus democratique conduisant aux elections des assemblees provinciales, des gouverneurs des provinces, de la chambre des representants et du congres; et enfin a l'election du president de la Republique.

S'il avait embrasse les resolutions de la Conferernce Nationale Souveraine et amorce, methodiquement, comme tous les revolutionnaires le souhetaient, le processus de la remise en question du regime de Mobutu, Laurent Kabila aurait merite le titre de veritable heros national, apres Lumumba et Pierre Mulele, non post-mostrum, mais vivant. Le Congo et l' Afrique toute entiere allaient chanter son nom comme on chante celui de Mandela, parce qu'il aurait reussit a relever un autre geant, celui de l'Afrique Centrale.

Quant a Kabila Kanambe, je n'ai vraiment pas grand chose a dire. Il est le produit d'une cabale. Les forces macabres qui sont derriere lui etaient certainement dans l'embarras le jour de la mort de Kabila Laurent. Ne pouvant trouver personne qui soit en mesure de faire le poids, le plus imaginatif d'eux - si ce n'est pas l'assassin lui-meme - lanca, a la consternation generale j'imagine: " Mais pourquoi pas son fils!" Et tout le monde de retorquer a la fois: " Qui est son fils?" "....Hypolitte....Kanambe....le chef d' Etat-Major des Forces Armees Congolaises!!!" C'est ainsi que Kabila devint le troisieme dictator de la nation Congolaise.

Je dois reconnaitre que Mobutu et Laurent Kabila avaient quelque chose en commun: Une certaine passion pour le genre de dictature qu'ils ont impose au Congo, pour leur notion d'etat et de leur place dans l''histoire. Ce " quelque chose", Kanambe n'en a pas. Depuis 5 ans qu'il est au pouvoir, il s'est contente de gerer le cotidien. Surpris de n'avoir pas gagner la presidence de la Republique au premier tour des elections comme on le lui avait assure, Kabila realise que, contrairement a ce qu'il a toujours pense, la communaute internationale n'est pas une guarantie a cent pour cent. Panique! D'ou cette reaction de gangster, d'enfant delinquant: "Let me show them that I can take care of myself" (Laissez-moi leur montrer que je peut prendre soin de moi-meme), en declenchant la petite guerre de 3 jours contre Jean-Pierre Bemba, au milieu de la ville de Kinshasa. Resultat: Il s'est antagonise meme ses plus grands supporters.

Je ne croit pas que Jean-Pierre Bemba a plus de merite que Joseph Kabila Kanambe. Son MLC n'a pu gagner un certain renom que grace a la diplomatie de son secretaire general de l'epoque, le jeune Olivier Kamitatu, dont la personalite et l'intelligence ont largement contribue a elever, tant soi peu, le niveau du prestige de l'assemblee nationale de la transition. Ce n'est pas pour rien d'ailleurs que les hommes de Kabila ont tant manoeuvre pour le soustraire de l'influence de Bemba, et en ont fait le secretaire permanent de la fameuse Majorite presidentielle. Personne ne sait si elle survivra cette majotite presidentielle! Tel que je connais les politiciens Congolais qui en font partie, elle eclatera au premier choc, des qu'il s''agira de choisir le futur premier ministre. Si aucun de ceux qui menent la barque au sein de la coallition n'obtient le poste, ce sera la fin de l'histoire.

Dans les milieux des Congolais de la Belgique ou il a passe une bonne partie de sa vie, et parmi ceux qui ont evolue dans les rangs du MLC, Bemba est bien connu pour sa temerite, sa passion pour l'argent et ses fourberies quand il s'agit de negocier avec ses adversaires.
Personne ne pouvait soupconner que Jean-Pierre Bemba, fils d'un millionnaire, revant lui-meme d'ammasser plus de millions que son pere, habitue a la belle vie et aux plaisirs des femmes blanches et noires de l'Europe, allait, un jour, prendre les armes et entrer dans le maquis. Mais le temeraire a surpris tout le monde. On raconte que, quand les Rwandais occuperent Goma et tenterent de prendre une base militaire dans le Bas-Congo, Bemba reunit quelques uns de ses meilleurs amis et leur dit: Vous avez probablement tous appris ce qui se passe au Congo. Moi je vais chercher les moyens pour nous acheter des armes et equipements. Je vais vider mon propre compte en banque et s'íl faut voler quelque part, je suis pret a le faire. Mais ceux qui sont prets a tout abandonner ici, je les invite de venir avec moi pour montrer a ces Rwandais qu'on ne peut pas insulter ainsi le peuple Congolais. Nous allons leur donner une bonne lecon qu'ils n'oublieront jamais!

Depuis ce jour-la, le temeraire Bemba est alle de surprise en surprise. A la conference de Sun City, il aurait dit a un ami: Nous allons sortir gagnant de cette conference. Ce sera moi ou Kabila. A la veille des elections presidentielles du 30 juillet, quand une certaine presse donnait Kabila pour gagnant, l'Hebdomadaire Jeune Afrique annonce que Bemba va surprendre. Et puis la plus grande surprise: Le chef de l'Etat du Congo, Joseph Kabila Kabange, avec toute sa garde presidentielle, descend dans la rue et veut en decoudre avec Bemba. Trois jours de combat. Plusieurs morts et blesses. Au milieu de la ville de Kinshasa. Les diplomates du monde entier sont pantois. C'est du jamais vu. Encore une fois, Bemba surprend. Kabila rappelle ses hommes armes jusqu'au dents de regagner leur campement. Le temeraire Bemba est toujours-la, dans sa residence, nullement inquiete.

Maintenant, a quelques semaines du second tour des elections presidentielles, tout le monde s'affaire. On veut rapprocher Bemba et Kabila. Il faut etablir de nouvelles regles de jeu. On veut determiner d'avance le gagnant et le perdant du deuxieme tour. On dit que Kabila est d'accord. Mais ou est Bemba et que dit-il ? C'est le suspense. Va-t-on s'attendre a une autre surprise de Bemba, le 29 octobre? Et que se passera-t-il ensuite? Je peut vous dire que le Congo continuera a fonctionner comme il l'est aujourd'hui, dans le chaos.

Pour ma part, sí j'avais a choisir entre Kabila et Bemba ou entre Gizenga et Tshisekedi. Sur base de ce que je viens de vous rapporter, je choisirais sans hesiter le duo Gizenga-Tshisekedi.

Fungula Fumu Ngondji